Journée végé

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La Belgique en a une, le Brésil également, et l'Allemagne en a même déjà trois à l'heure actuelle. Il s'agit de villes qui ont réalisé une journée végé hebdomadaire. En Suisse romande, les Verts s'engagent pour une journée sans viande. Swissveg a eu l'occasion de discuter avec Isabelle Mayor, chef de parti et conseillère municipale de Lausanne sur les progrès politiques lors de la réalisation d'une journée végétarienne.

C’est en collaboration avec le groupe „Végésanté“ que le parti des verts du Valais a soutenu la journée végétarienne dès le début. Quelle est l’origine de cette collaboration ?

Végésanté a contacté divers parti politiques pour relayer leur pétition : étant moi-même végétarienne depuis longtemps, le sujet m’intéressait naturellement et j’ai décidé de porter le débat sur la scène politique par le biais du dépôt d’un postulat. Les autres membres des Verts n’étant pas forcément végétariens, ce sont principalement des arguments écologiques et de découverte du goût qui ont été mis en évidence et développés dans le postulat.

Les expériences faites dans d’autres pays ont montré que l’approbation d’une journée végétarienne hebdomadaire avait apparemment nécessité beaucoup de courage de la part des hommes politiques. Qu’est qui vous a convaincu de vous investir dans ce projet ?

Afin de porter le débat très largement, les Verts ont choisi de déposer des postulats aux trois niveaux politiques suisses : communal, cantonal et fédéral. Le premier niveau qui a abordé le sujet fut le niveau cantonal vaudois, où les propos tenus ont été particulièrement virulents. J’ai été moi-même surprise des inimités auxquelles j’ai été confrontée suite au dépôt de mon postulat – je n’avais pas imaginé cela. Je me suis rendue compte que toucher au mode d’alimentation des gens, c’est toucher à quelque chose de très intime.Devant cette levée de bouclier, j’ai contacté le Maire du 2èmearrondissement de Paris qui avait instauré une journée hebdomadaire sans viande dans les réfectoires scolaires de son arrondissement depuis quelques années : le but était de lui demander comment il s’y était pris.1 Les manières de faire politiques sont très différentes entre la Suisse et la France, mais selon lui,la chose la plus importante est de donner aux parents le maximum d'assurance que leur enfant sera tout aussi bien (voire mieux) nourri avec un repas végétarien qu'avec un repas carné : démontrer qu'il y a plein de façons de se nourrir différentes de celles que l'on connaît habituellement constitue une réelle éducation au goût. 
Il est important de relever que Morges et Renens ont refusé les postulats que des conseillères communales Vertes avaient déposés. Alors que le Conseil fédéral a accepté spontanément le postulat nous avons déposé, qui demande que l’impact de nos choix alimentaires (qui représente 30% de notre empreinte écologique et 17% de nos émissions de gaz à effet de serre) soient pris en considération dans la politique climatique fédérale (actuellement, se
ulsl’habitat et les transports sont pris en considération).2

Quelles étaient les différentes étapes nécessaires à la réalisation de la journée végétarienne à Lausanne?

C’est en avril 2010 que nous avons déposé le postulat et c’est en août qu’une commission l’a étudié, afin de déterminer s’il devait être transmis ou non à la Municipalité : une majorité de la commission s’est déclarée favorable à cela. Mais les travaux du Conseil communal ayant passablement de retard, le postulat n’a été discuté et accepté par le plenum que le 22 février dernier (48 oui, 22 non et 10 abstentions) : il y a donc eu 8 mois qui sont écoulés entre le dépôt du postulat et la décision favorable du Conseil communal. 
Maintenant, la Municipalité doit mettre en place les modalités pour réaliser cette journée sans viande ni poisson dans les réfectoires scolaires lausannois : elle les communiquera dans un rapport-préavis, qui sera soumis prochainement au Conseil communal.
En principe, nous aurions souhaité que le projet se réalise pour la rentrée scolaire d’août 2011, mais cela semblemalheureusement difficile, vu les ordres du jour très chargés du Conseil communal. De plus, nous sommes actuellement en pleine campagne électorale et les débats prennent plus de temps que normalement ! Mais le projet est sur les bons rails – la grande question, c’est de savoir quand et comment il sera réalisé.

Les autres partis ont-ils tout de suite montré de l’intérêt face à ce projet ?

Non, les autres partis ont montré très peu d’intérêt pour ce sujet, à l’exception d’A Gauche Toute!. La droite l’a tout de suite refusé, argumentant que nous touchions à la liberté individuelle. Il est pourtant important de dire que l’école, ça n’est pas la sphère privée : à l’école, il y a des règles et des modalités (les horaires à respecter, les branches à suivre, etc.) qui sont décidées par les pouvoirs publics. A la maison, tout le monde est bien sûr libre de nourrir ses enfants comme bon leur semble. Ce qui est intéressant de relever, c’est qu’un représentant de l’UDC a déclaré très clairement être d’accord avec moi sur tous les points de mon postulat, en affirmant que « tout est juste et rien n’est excessif » ; pourtant il a voté contre la prise en considération du postulat ! Mais on peut relever que les mentalités évoluent sur le sujet : par exemple, au niveau cantonal vaudois, les propos tenus lors du premier débat furent très virulents, alors que ceux du deuxième débat, quelques mois plus tard, étaient plus nuancés. On peut donc espérer que les mentalités changent peu à peu face à ces questions écologiques, ainsi que face au droit des animaux.

Quels sont les prochains pas à faire?

Nous attendons le rapport-préavis de la Municipalité qui répondra au postulat. Le Conseil communal devra alors se prononcer sur ce que propose la Municipalité. Si le Conseil communal devait voter sur ce rapport-préavis lors de la prochaine législature, à savoir dès août 2011, il faut espérer que la majorité reste à gauche à Lausanne lors des élections communales du 13 mars et surtout que les Verts maintiennent un grand nombre d’éluEs ! Car si la droite devait reprendre la majorité, il se pourrait que la chose se présente alors différemment...

Madame Mayor, nous vous remercions cordialement d’avoir répondu à nos questions.

 

Bernadette Raschle
Olivia Joanne Villard

La première ville de l'ouest ayant introduit une journée végé, c'était Gent (Belgique). Pour en savoir plus, cliquez ici.

Notes de bas de page:

1 En été 2010, à Paris, on a également introduit l'offre d'un menu végétarien par semaine dans les établissements scolaires.

+ d'infos:

www.journee-vegi.ch
Protection de l'environnement par une alimentation responsable
Les conséquences écologiques de la consommation de viande